Asphodèle
Les deux sources du néolithique
Les sources écrites dont nous pouvons disposer ne remontent pas à plus de quelques centaines d'années avant Jésus-Christ. Elles se présentent comme résultant d'anciennes légendes du temps des ancêtres auxquels des noms restent attribués.
Les lignées de nos ancêtres européens nous semblent se rattacher à deux sources principales l'une asiatique, l'autre atlantique.
- Du côté asiatique, il est universellement admis que les populations actuelles de l'Europe viennent d'afflux successifs en provenance des plateaux himalayens rattachés au Pamir.
Un premier afflux de tribus errantes aurait traversé l'Inde, le Turkistan et l'Iran en laissant comme traces les traditions hindoues et persanes s'exprimant dans une langue indoeuropéenne. Une deuxième vague aurait traversé l'Anatolie, le sud de la Grèce et serait remontée au Nord en se fixant dans les régions germaniques et scandinaves déjà soumises à des divinités locales.
Les légendes communes à ces sources recouvrent une culture pastorale dont l'origine se trouve dans la domestication d'animaux destinés à la nourriture des humains. L'homme a cessé de vivre uniquement de la cueillette, de la pêche et de la chasse pour se nourrir d'espèces végétales domestiquées (le blé, l'orge et le riz notamment) et de la chair et du lait des ovidés et des bovidés, d'autre part les outils en métal étaient utilisés à partir des minerais pris dessous la terre. Ces populations se déplaçaient avec leurs troupeaux qu'il fallait protéger la nuit des bêtes sauvages en les enfermant dans des enclos dont les portes s'ouvraient à l'aurore libérant les troupeaux qui s'éparpillaient dans les prairies naturelles. Cet éparpillement terrestre correspondait dans le ciel à celui des nuages colorés de lumière rosée.
II reste dans les écrits anciens des traces des hymnes que ces populations adressaient au ciel et aux apparitions célestes : nuées, rosées, pluies, orages, nuages (fertilisant le sol, source de toute nourriture végétale).- Ce flux himalayen se heurtait aux manifestations d'un autre flux, atlantique celui-là, ayant laissé des traces de culture sédentaire, Sumer, Babylonie, Egypte, Mexique, tout cela rassemblé dans les croyances relatives à l'existence d'une Atlantide insulaire, les pyramides chaldéennes et égyptiennes correspondant à celles du Soudan et de l'Amérique du Sud et Centrale. Se sont donc rencontrées en Europe des traces de cultures pastorales ou sédentaires voisinant et se combattant mutuellement.
A des époques où les légendes n'étaient pas fixées par l'écrit, les croyances relatives au passé ancestral se rapportaient à un monde disparu, enseveli sous terre comme les êtres qui avaient vécu les croyances à la déesse mère sous les noms de Cybèle et d'Artémis au temps du paléolithique. Elles ont resurgi avec les nouvelles images relatives aux populations ancestrales d'un temps qu'on peut qualifier de néolithique et comprenant les dix mille années avant notre ère au cours desquelles la domestication s'est étendue progressivement ainsi que les constructions de la sédentarisation insulaire. Ces résurgences seraient précisément celles qu'on rattache aux conversations et rencontres entre les morts et les vivants. La source himalayenne a laissé les légendes d'Adonis dans lesquelles un "berger" disparaissait sous terre et en était ramené par une puissance féminine d'origine céleste, le nom d'Ishtar évoquant des phénomènes célestes.
Du côté opposé, les légendes se sont regroupées autour de l'Océan Atlantique et du fleuve du Nil devenu la source de toute vie terrestre et resurgissant par saccades depuis des profondeurs inconnues. Ce sont elles que Socrate a transmises à Platon.
Un monde disparu n'était pas un monde mort. La rencontre avec les vivants ne pouvait se faire qu'autour des tombes, point de contact entre le ciel et la terre. Cela se retrouve dans toutes nos civilisations actuelles et les éminences constituées par les Il sid" celtiques correspondant avec la sortie de terre des pyramides à la base carrée et à la pointe céleste. C'est en somme la même image que la graine faisant sortir de terre la plante et lorsque cette graine provient de la tombe où sont enterrés les morts, cette plante les réunit aux vivants donnant à ceux-ci l'espoir d'une renaissance. La prairie Asphodèle est ainsi le lieu de rencontre où le passé réapparaît dans la mémoire des vivants en une multitude d'images de rêve conservées dans des cercles de voyants (les rishi de l'Inde) d'où sont sortis les premiers poètes ; Orphée puis Homère et Hésiode et d'autres dont seuls les noms nous sont parvenus. Ces hymnes ont été conservés pendant des siècles dans les mémoires avant d'être fixés par écrit.Epilogue et Rêverie
Les "jardins d'Asphodèle" sont appelés dans les anciens textes grecs et latins mentionnés ci-dessus "prairie asphodèle" et "champs élyséens".Sorti de l'hôpital je reste étendu sous un tableau de la descente de croix. Deux hommes forts déclouent le corps et le laissent glisser dans les bras d'un rustre amoureux, Pierre, et d'un jeune disciple, Jean.
J'imagine l'homo sapiens d'il y a quinze mille ans à la sortie du néolithique étendu sous les voûtes d'une grotte. Des asphodèles sauvages poussent naturellement sur les tombes voisines. II n'y a pas encore de troupeaux de brebis, ni de chevaux, il n'y a pas de chien l'ancêtre du chien c'est le loup compagnon ami de l'homme qui a appris à chasser en bandes. Le cheval sauvage est un roi de la création par sa rapidité à transporter dans d'autres mondes.
La Bible dit que l'homme cherche une compagne et n'en trouve pas dans les animaux qui l'entourent. Le plus ancien rite de l'époque qui vient est l'açméda le sacrifice du cheval près de la reine.
Quelques chèvres et moutons sauvages sont rapprochés par l'homme. Domestiqués ce seront les brebis. L'homme n'a plus besoin de chasser il a des brebis sous la main, il n'a plus besoin du loup son ancien compagnon qui lui apprenait à chasser par bandes et qu'il doit maintenant éloigner des brebis.
L'homme mangeait des grains dont il faisait des pains, pains d'asphodèle austères, pains d'orge et de froment confortables. L'ère qui vient est celle de la domestication des animaux et de la culture des plantes comme l'exprime la mythologie naissante : Déméter, la terre, a une soeur qu'on appelle simplement la Dame fille du Dieu des eaux.
Dans la prairie asphodèle Ulysse retrouve sa mère Anticlée (dont il tenait son caractère rusé).
Enée (d'une famille de loups), retrouve son père qui lui montre la voie pour atteindre le but.
Le loup reste l'ami au regard pénétrant, dont le domaine est en Arcadie au mont Lycée, mais dont les troupeaux de brebis vivaient auparavant sur les prairies d'Asphodèle de l'Olympe dans les lointaines montagnes.
L'homme peut redevenir loup de façon anormale et dangereuse. Le Dieu des loups sous le nom d'Apollon, le dieu de lumière est descendu de l'hyperborée d'abord en Cappadoce en Lycie (luk, loup et lumière), puis à Délos Ortygie (Pile des cailles aliment du loup), puis en Arcadie. L'homo sapiens recherche la lumière et la poursuit sur la terre, la lumière des ancêtres, la terre des ancêtres. La religion prend pour symboles les brebis et les agneaux, que plus tard Abraham voudra fixer sur une terre sainte.
Tel est le passage du néolithique à l'ère moderne qui reste l'enfant du néolithique à travers les religions.
Le Christianisme est la religion du père, de l'amour qui relie le père à l'humanité.
Pour ma part, j'ai eu trois pères :
1. le vrai, comme disait mon jeune fils Luc (mort à cinq ans) lors de la visite du vicaire voisin, 2. le supérieur de mon collège, qui m'a fait rentrer à l'Ecole, 3. le troisième enfin, essentiel, un saharien.
Etude enfin terminée à la Toussaint 2004, date anniversaire de la mort de ma marraine 3 novembre 1918, de l'arrivée sur terre de la marraine de ma femme, 1er novembre 1900 et de l'arrivée chez moi de Camille, ma fiancée.
In "Les jardins d'Asphodèle", à la
mémoire de Jeannette,
Jacques Bonnet, p. 20 à 24, 2004.