Dialogue Hindou-Chrétien
par Soeur Vandana


 

Dialogue Hindou-Chrétien
Les doctrines, demeurent très différentes, quoique l'hindouisme soit loin d'être cette religion  <<païenne>>, comme les chrétiens sont portés à le penser, où l'on vénère une multitude de dieux...Nous ne sommes pas idolâtres!. Le Ryg-Veda, l'une des écritures hindouiste les plus anciennes, nous dit:<< Il n'y a qu'un Etre mais les Sages l'appellent par des Noms différents >>.Ce que les Hindous appellent deva et que l'on traduit en français ou en anglais par << dieu >>, ce n'est pas Dieu, c'est un pouvoir de Dieu, une manifestation de Dieu. C'est pourquoi l'on représente la puissance de Dieu par une statue avec beaucoup de bras et d'yeux. Cela veut dire: Dieu peut tout, Dieu voit tout. Une deva sera la manifestation de la force de Dieu, une autre de son amour, de sa paix, de sa joie.

Quoiqu'il en soit, ce que nous vivons en ashram relève du domaine de la spiritualité, de la prière, de l'intériorité. Et, là, l'Occident peut recevoir beaucoup de l'Orient et de ses méthodes de concentration.
Là encore, il existe des malentendus. On s'imagine parfois en Occident que pratiquer le yoga, par exemple, c'est avoir la tête au sol et les jambes en l'air; on en fait une sorte de gymnastique! Mais le yoga ce n'est pas cela! Le mot <<yoga>> veut dire <<union>>: union, d'abord, en soi-même, par l'harmonie de l'être, puis union avec les créatures et, par là, union avec Dieu. Ce mot vient de la racine sanscrite <<yug>>, la même racine que le mot latin <<jugum>> qui veut dire <<joug>>. <<Prenez mon joug>> disait Jésus. C'est ce qui m'unit à Dieu.

Le Père Henri Le Saux a été notre inspirateur pour ouvrir notre ashram. Il pensait que la liturgie et la prière doivent être fondues dans la tradition hindoue.

Le message d'Henri Le Saux est très important car il nous ramène à un point central de notre vie spirituelle: rentrer au dedans de nous-même pour y trouver la Trinité Sainte.C'est là qu'on retrouve l'essentiel du christianisme et l'appel de l'hindouisme, dans ce que les Upanishad, livre sacré de l'Inde, appellent <<grotte du coeur>>. C'est toute la tradition de l'intériorité que l'on trouve dans sainte Thérèse d'Avila, quand elle parle de <<la forteresse>>, du<<chateau intérieur>> et aussi, plus près de nous, chez Soeur Elisabeth de la Trinité quand elle écrivait: <<C'est jusqu'au fond de mon âme, là où habite l'Esprit Saint, que je me recueille et que je me retire>>. Où trouvait-elle la Trinité? Toujours dans son coeur! La vraie rencontre entre le christianisme et l'hindouisme ne se fait pas par des paroles, des dialogues, des conférences mais dans cette <<caverne du coeur>>. La prière nous unit et encore plus la prière silencieuse, la méditation silencieuse par laquelle on peut toucher Dieu en nous-mêmes.

Henri Le Saux écrivait: <<Tout pour moi, toute prière, toute adoration, tout acte consiste maintenant à rentrer dans le fond, en remontant du dehors vers ce dedans, je le fais passer à le vie, je le <réssuscite>, je le passe en Dieu...>>.

Il n'y a pas deux vies, la vie d'action et la vie de prière, c'est la même vie. L'Eglise nous dit de combiner les deux mais on ne nous dit pas comment. C'est cela que les Occidentaux viennent chercher chez nous. Les Hindous comme les Bouddhistes donnent des méthodes concrètes: comment se tenir dans la prière, comment éduquer son souffle, etc. Les orthodoxes, eux, nous ont enseigné <<la prière de Jésus>>, qui utilise à la fois le rythme de la respiration et le procédé de répétition. Il s'agit là de méthodes -et il en existe d'autres- l'essentiel étant d'aboutir à apaiser l'agitation de notre <mental> pour aboutir à <<ce grand silence du dedans>>, dont parle aussi Elisabeth de la Trinité.

Savoir que le même Dieu, le même esprit de Dieu habite chaque créature peut donner une lumière très forte sur le commandement: <<Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même>>. Tout homme est habité par l'Esprit Saint. Et c'est cela, notre route.

Soeur Vandana.

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